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DIGITALISATION AU CONGO : ON VEUT COURIR AVANT MEME DE SAVOIR MARCHER

Imaginez mama Mimbok, commerçante au marché Total. Chaque mois, elle fait la queue pendant des heures pour payer ses taxes. Elle transpire sous le soleil, elle attend, elle revient parfois le lendemain parce que le système est tombé en panne. Elle ne sait pas ce qu’est un data center. Elle ne sait pas ce qu’est la digitalisation. Mais elle sait une chose quand le courant saute, tout s’arrête.

C’est pour mama Mimbok, et pour tous les Congolais comme elle, que la digitalisation de l’administration est nécessaire et urgente. Mais c’est aussi pour elle qu’on doit dire la vérité sur ce que le gouvernement est en train de faire.

Dès son premier conseil des ministres, le gouvernement a annoncé la création d’une task force pour digitaliser l’administration en commençant par les régies financières le trésor, les impôts, les douanes et les banques. Très bien. Mais quelqu’un peut m’expliquer comment on digitalise quoi que ce soit quand le courant saute plusieurs fois par jour dans les bureaux mêmes de ces administrations ?

Ce n’est pas moi qui invente les conditions nécessaires. C’est le gouvernement lui-même qui les a écrites dans son propre programme( accélérons la marche vers le développement): d’abord l’électricité, ensuite internet à haut débit. Ces deux conditions ne sont pas réunies aujourd’hui. Pas en 2026. Alors pourquoi faire semblant ?

Parlons du data center. Depuis plusieurs années, on nous parle de ce bâtiment en construction à Brazzaville, financé à 13,8 millions d’euros par la Banque africaine de développement sur un projet total de 66,55 millions d’euros. La livraison était prévue en décembre 2024. On attend encore. Et même quand ce bâtiment sera livré, il risque de rester une coquille vide sans électricité stable, sans eau, sans techniciens formés pour le faire tourner. Les spécialistes sont formels;  un data center doit fonctionner 24h sur 24, 365 jours par an, sans aucune interruption. Pas avec le courant congolais d’aujourd’hui.

Pensez maintenant à  Digne Mottom Loemba, jeune diplômé en informatique, plein de talent et d’ambition. Il attend un poste dans l’administration depuis deux ans. Il pourrait être l’un de ces experts dont le pays a besoin. Mais former un ingénieur en cybersécurité capable de protéger les données financières de l’État, ça prend entre trois et cinq ans dans les meilleures écoles. Pas six mois. Pas un an. Trois à cinq ans. Combien de Digne Mottom Loemba avons-nous formés et envoyés se spécialiser à l’étranger ? La réponse est connue de tous. Digitaliser les finances publiques sans ces experts, c’est confier les clés du coffre-fort de l’État à quelqu’un qui ne sait pas encore lire.

Et l’argent dans tout ça ? Le Congo est en crise. Le pétrole rapporte moins. La dette pèse sur les épaules de chaque Congolais. Avec quel argent va-t-on financer tout ce processus en même temps ?

La digitalisation est nécessaire. Mais il y a un ordre logique dans les choses. On règle d’abord le problème de l’électricité et de l’eau. On termine et on équipe le data center correctement. On envoie des centaines de jeunes Congolais se former à l’extérieur. Tout ça prend deux à trois ans minimum. C’est un investissement pour l’avenir, pas une perte de temps.

Ce que le gouvernement propose aujourd’hui, c’est de mettre le toit avant les murs. Et un toit sans murs, ça s’appelle rien du tout.

Que la République soit !

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