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CONGO-B : 10 000 FCFA DE TAXE SUR LES TERMINAUX SIM; QUAND LA LOI DE FINANCES SABOTE L’AMBITION NUMERIQUE

La nouvelle taxe sur les terminaux SIM et les prélèvements sur le mobile money révèlent une contradiction criante entre les ambitions numériques du gouvernement et ses choix fiscaux.

Dix mille francs. C’est ce que tout Congolais devra désormais payer pour accéder à un téléphone compatible SIM, suite à l’institution d’une nouvelle taxe inscrite dans la loi de finances 2026. Une décision qui tombe au plus mauvais moment ou plutôt, qui révèle une absence troublante de vision prospective au sommet de l’État.

Car les chiffres sont là, implacables. Le rapport de la GSMA, présenté à Brazzaville le 22 juin 2026; le jour même où le premier ministre Anatole Collinet Makosso présentait son Programme d’Action du Gouvernement est sans appel : seulement *19% des Congolais utilisent Internet mobile, tandis que 70% de ceux qui sont couverts par la 4G restent hors ligne. Le réseau existe. Les antennes sont là. Mais les populations n’y accèdent pas faute de moyens pour s’offrir un téléphone.

Dans ce contexte, taxer les terminaux numériques à l’entrée, c’est ériger un mur supplémentaire devant ceux qui n’ont déjà pas les moyens d’entrer.

Le FASUCE contre lui-même

Le gouvernement congolais ambitionne une pénétration Internet maximale à travers le Fonds d’Accès aux Services Universels de Communication Électronique ( le FASUCE). L’objectif affiché : connecter le plus grand nombre. Mais comment connecter davantage de Congolais en rendant les téléphones plus chers ? La main gauche ignore ce que fait la main droite.

La GSMA est formelle : l’élimination des droits de douane sur les smartphones d’entrée de gamme est une condition sine qua non pour élargir l’accès numérique. Le gouvernement fait l’inverse.

Le mobile money étranglé

La contradiction ne s’arrête pas là. Les opérateurs du mobile money ce secteur en pleine croissance qui permet à des millions de Congolais d’envoyer de l’argent, de payer leurs factures, d’accéder à des services financiers sans compte bancaire subissent des prélèvements sur les transactions qui font grincer des dents.

Là encore, la GSMA recommande explicitement de *réduire les prélèvements sur les retraits d’argent mobile* pour accélérer l’inclusion financière numérique. Ces prélèvements excessifs n’enrichissent pas durablement l’État ils freinent l’adoption, réduisent le volume des transactions, et finalement réduisent l’assiette fiscalesur laquelle l’État pourrait prélever davantage demain.

Taxer le mobile money aujourd’hui, c’est tuer la poule aux œufs d’or de demain.

174 milliards laissés sur la table

La GSMA est précise là où le gouvernement reste vague. Si les réformes numériques recommandées étaient mises en œuvre, le Congo pourrait générer *174 milliards de FCFA de recettes fiscales supplémentaires cumulées d’ici 2030, créer 144 000 emplois et connecter 540 000 Congolais supplémentaires à Internet.

Ces 174 milliards, c’est presque l’équivalent du budget annuel d’investissement sur ressources internes du Congo. De l’argent réel, chiffré, documenté — laissé sur la table par des choix fiscaux à courte vue.

Deux logiques qui s’ignorent

Le Premier ministre a déclaré le 22 juin devant l’Assemblée nationale :

« Des centres d’excellence seront développés dans le numérique et l’intelligence artificielle. »

Le même jour, le budget 2026 déjà promulgué instituait une taxe sur les terminaux SIM et maintenait des prélèvements dissuasifs sur le mobile money.

Ce n’est pas une contradiction mineure. C’est la révélation d’un État qui parle de numérique dans ses discours et le taxe dans ses lois. Qui promet la connexion universelle et renchérit l’accès aux outils qui la rendent possible. Qui annonce 20 missions ambitieuses sans s’assurer que son propre budget ne les contredit pas.

La vision prospective, ce n’est pas annoncer des centres d’excellence en intelligence artificielle quand 70% des Congolais couverts par la 4G n’ont pas les moyens d’acheter un smartphone.

C’est d’abord avoir la cohérence de ne pas taxer ce qu’on prétend vouloir développer.

Que la République soit.

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