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BÂTIR L’ÉTAT AVANT LE GOUVERNEMENT : ARRÊTONS DE RECOMMENCER À ZÉRO

Dans notre pratique institutionnelle, une confusion persiste entre la mission de l’État et l’action du Gouvernement. Cette situation freine notre élan de développement. Si le projet de société du Président de la République est la boussole de la Nation, la lecture du décret du 24 avril 2026 révèle un paradoxe : l’État semble se redéfinir à chaque remaniement, alors qu’il devrait simplement s’exécuter.

Le ministre doit être un maçon, pas un architecte

En examinant le répertoire des missions confiées aux membres du gouvernement, on remarque une répétition frappante. Pour presque tous les ministères, la première tâche demandée est de « définir » ou d’ « élaborer » la politique de son secteur. Le Ministre de la Santé doit « définir » la politique de santé publique, celui de l’Énergie doit « définir » la politique de production, et il en va de même pour l’Enseignement Supérieur.

Une question se pose : si chaque nouveau ministre doit encore « définir » son domaine, que devient le projet de société du Chef de l’État qui est censé être la référence ? Cette habitude donne l’impression que l’État n’a pas de socle solide. Le ministre se retrouve dans le rôle d’un architecte qui redessine les plans de la maison à chaque fois, alors que le pays attend de lui qu’il soit le maçon qui pose les briques pour avancer concrètement.

L’initiative législative : un droit, pas un prétexte à l’attente

Certes, la Constitution accorde au Gouvernement le droit d’initier des projets de loi. C’est un outil précieux pour adapter nos règles. Mais ce droit ne doit pas devenir un prétexte à l’immobilisme ou à la remise en cause systématique de ce qui existe déjà. Initier une loi doit servir à améliorer l’existant, et non à différer l’exécution des projets déjà tracés par le Chef de l’État.

Aujourd’hui, l’obligation de « définir » pousse chaque ministre à vouloir marquer son territoire en créant de nouveaux cadres réglementaires. On le voit dans le décret : le Ministre de la Coopération doit « concevoir » le cadre juridique du partenariat public-privé, et celui de la Justice doit « préparer » des réformes. Résultat : on perd des mois à écrire des textes, et le temps de l’action s’évapore. L’État devrait être une structure fixe qui fournit déjà les outils nécessaires pour que le ministre se concentre exclusivement sur le travail de terrain.

Pour une vision stable sur le long terme

Le risque actuel est de voir chaque ministère travailler de façon isolée. Si l’on demande à chaque ministre d’élaborer sa propre politique, la coordination devient un défi titanesque. Pour sortir de ce cycle, nous devons bâtir l’État avant le gouvernement.

Cela signifie qu’il faut fixer une trajectoire nationale sur 15 ou 20 ans que personne ne change. Le rôle du ministre doit alors évoluer : il ne doit plus être un « concepteur » qui cherche sa voie, mais un « gestionnaire de résultats ». Si le cadre est déjà tracé, le ministre n’a plus besoin de multiplier les textes pour exister ; il doit simplement exécuter les programmes du Plan National de Développement.

En résumé, le projet du Président ne doit pas être dilué dans les interprétations de chaque ministre. Le gouvernement passe, mais l’État reste. Il est temps que l’État impose son mode de fonctionnement pour que l’action ministérielle ne soit plus une suite de recommencements, mais une continuité de progrès réels.

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