Depuis la prise de fonction du nouveau gouvernement, nous assistons à une surenchère de promesses pompeuses. Certains ministres, dans un élan de zèle inquiétant, multiplient les déclarations fracassantes sans même avoir pris le temps de scruter le projet de société du chef de l’État, ni d’attendre la présentation de la politique générale du gouvernement. Ce manque de préparation, doublé d’une absence flagrante d’études préalables, laisse place à un dangereux « pilotage à vue ».
Le secteur des télécommunications illustre parfaitement cette déconnexion. On nous annonce une révolution digitale imminente, une série d’actions d’envergure, alors que les fondamentaux font cruellement défaut.
Comment parler de transformation numérique quand le Data Center national, dont la construction s’étire sur des années, n’est toujours pas opérationnel ? Tout passe par là ; c’est le cœur du système, et ce cœur ne bat pas encore. À cela s’ajoute le défi structurel de l’énergie. Il est utile de le rappeler que sans électricité stable, la digitalisation n’est qu’une vue de l’esprit. On ne construit pas une cité numérique sur un réseau électrique défaillant. Le pragmatisme impose également de regarder les chiffres en face. Pour aboutir à un tel projet (incluant l’infrastructure, l’équipement et la formation indispensable des ressources humaines) il faut mobiliser entre 150 et 300 milliards de FCFA. Dans le contexte actuel, où trouvera-t-on ce nerf de la guerre pour financer de telles ambitions en moins de quatre ans ?
Ce manque de réalisme n’est pas sans conséquence. En vendant du rêve, le gouvernement creuse lui-même le fossé qui le sépare du peuple. Chaque promesse non tenue est une pierre supplémentaire apportée à l’édifice de la méfiance. Le gouvernement n’est pas obligé de courir pour prouver qu’il avance. Ce que les Congolais attendent, c’est de la Realpolitik. Du pragmatisme plutôt que des slogans, et des fondations solides plutôt que des façades clinquantes.
Ma crainte est désormais réelle; que la « politique politicienne », celle qui privilégie l’image sur le fond, devienne le tombeau de ces technocrates pourtant compétents
Que la République soit !