Neuf qualifiés en seizièmes de finale, un naufrage collectif à l’arrivée. L’Afrique subsaharienne quitte le Mondial nord-américain par la petite porte, victime de ses démons habituels : l’amateurisme, le manque de rigueur et une autosatisfaction chronique. Une honte à la hauteur des espoirs suscités.
L’illusion aura duré le temps d’un premier tour. Encensées, célébrées et portées au rang de héros nationaux après leur qualification, les sélections d’Afrique subsaharienne ont offert un spectacle affligeant dès que le niveau s’est élevé. Le bilan est propre, net et sans bavure : une élimination massive.
L’illusion des « sorties honorables »
Entendons-nous bien : que personne n’ose parler de « sorties honorables » sous prétexte que le Sénégal, la RDC ou la Côte d’Ivoire ont mené au score ou frôlé l’exploit. C’est précisément là que réside la faute. Mener au score pour finir par se saborder par pure déconcentration ou immaturité tactique n’a rien d’honorable. C’est de l’amateurisme pur et simple. À ce niveau de la compétition, chaque détail compte, chaque déconnexion se paye cash. Voir des professionnels évoluant dans les plus grands championnats européens afficher une telle naïveté défensive relève presque de l’imposture.
La leçon du Maghreb et de l’Archipel
Pendant que les écuries de la zone subsaharienne réservaient leurs vols retour pour Abidjan, Dakar, Accra ou Kinshasa, le bloc maghrébin et l’insolite armada cap-verdienne administraient une leçon de dignité footballistique. Le Maroc, impérial et d’une rigueur tactique absolue, a mis les Pays-Bas à genoux pour s’ouvrir les portes des huitièmes. Dans le même sillage, l’Égypte a éliminé l’Australie net et sans bavure. Quant aux Requins bleus du Cap-Vert, ils ont fait trembler les certitudes de l’ogre argentin, poussé jusqu’au bout de la nuit et des prolongations. En offrant au monde l’un des plus beaux matchs de cette Coupe du Monde, une véritable finale avant l’heure, le Cap-Vert sort de la compétition avec les honneurs. Ces trois nations ont prouvé une chose : la rigueur, la discipline et la grinta ne s’achètent pas à coups de primes de match ou de statuts d’influenceurs. Qu’il s’agisse de la gagne du Nord ou de la discipline de l’archipel, tout est une question de mentalité. Une qualité qui fait cruellement défaut à nos éliminés en série.
Un rêve américain sans s’en donner les moyens
Pour les Ivoiriens, les Congolais, les Ghanéens et les Sénégalais, le rêve américain s’arrête net. À vrai dire, on est en droit de se demander si ces sélections ont seulement voulu de ce rêve, tant le niveau d’envie affiché à ce stade de la compétition frisait le néant. Le retour au pays s’annonce glacial, et il est grand temps de balayer les illusions. Les fédérations doivent cesser le copinage et ouvrir le chantier de la refonte technique. Les sélectionneurs sur les bancs de touche ne doivent pas juste être remis en question, ils doivent sauter. C’est une mesure de salubrité publique pour un football subsaharien qui refuse désespérément de grandir.
Ravy & E. KIBA